Le préservatif a craqué, je suis allée chercher la pilule du lendemain face à face avec moi-même

 

Un soir de janvier.
Il fait froid. Envie d’une raclette et d’une bouillotte devant un film de noël débilisant et chialant pour me dire que oui il peut rester un peu de magie dans ce monde de brutes…
Quoi de mieux pour se réchauffer, se rassasier et pétiller un peu qu’une bonne nuit…de sexe ?

 

Mais pas avec n’importe quel mec plus qu’imparfait.
Envie de familiarité…Pas quelqu’un de ma famille non plus berkkkkk!!!
Mais ni une ni deux : Allo mon ex : bobo ! Viens me cocooner !
La chance il vient.
On fait l’amour. Bien…Avec un semblant de sentiment d’antan, à la reconquête du temps perdu… Ma madeleine de Proust à moi c’est sa peau à lui.

Culpabilité, plaisir, nostalgie tout pareil que si j’m’enfilais 20 churros en écoutant Hélène Rollès.

 

Mais quand même, même si ça a le goût du déjà vu…. Y’a pas à dire…C’est si bon…Il me connait bien ce fourbe… c’est pas pour rien qu’on a été ensemble…

 

Alors que je dévore sa peau et que je le serre comme un doudou après nos ébats, il se libère de mes bras…Et badaboum…THE accident. Le mythe devient réalité.
Le préservatif a craqué.
« Je crois qu’il y a eu un p’tit problème » me dit timidement X…
Mon cœur s’accélère et telle une lionne qui écouterait du Heavy Metal je lui crie :
« Un petit problème ? Sérieux ? Un énooooorrrrmmmmeee problème ! Tu peux te retrouver à payer une pension alimentaire jusqu’à la fin de ta vie chéri si je ne cours pas à la pharmacie de garde chercher la pilule du lendemain ! »
Le malheureux tout penaud face à mon changement d’humeur si brusque me répond timidement :
« Mais… Mais tu ne prends pas la pilule ?

 

-Non ! Plus depuis que tu m’as larguée comme un vieux slip troué sans élastique ! Alors retrouve mon shorty illico si tu ne veux pas que je te rende stérile à vie avec mon genou ! »

 

En cherchant sur internet la liste des pharmacies de garde avoisinantes et des informations sur la contraception d’urgence, je me calme un peu.
Côté grossesse ok je peux essayer de minimiser le risque en prenant une contraception d’urgence.
Mais côté IST (Infections Sexuellement Transmissibles) on fait comment ?
J’ose poser cette question même si l’idée de savoir qu’une autre femme que moi a mordillé ses petits lobes m’arrache les boyaux, mais je le fais car c’est ma vie qui est en jeu : « tu t’es protégé avec les autres nanas avec qui tu as couché ? »
« Oui »
… Ouf…
Dans mon malheur j’ai de la chance, la seule fois de ma vie où le préservatif craque, c’est avec cet homme que j’ai longtemps aimé, en qui j’ai confiance et non pas avec le dernier des tocards rencontrés dans un bar avec qui le seul point commun que j’aurai eu aurait été mon taux d’alcoolémie.
Mais je m’étonne quand même que X, lui, ne s’inquiète de rien… Il croit quoi ? Que pendant tout ce temps sans lui je n’ai connu personne ?!?
Bah tiens si j’peux le rassurer sur sa santé en lui glissant un p’tit pic, je ne vais tout de même pas m’en priver !
« Moi aussi si tu veux savoir… Au cas où ça t’inquièterait mais apparemment non… Je n’ai pas eu de rapport à risque… Sauf avec ton meilleur pote… Ah non… quoi que… on s’est protégé c’est vrai. » La petite vengeance qui fait du bien.

 

Après quelques minutes de recherche sur internet, je constate que la pharmacie de garde se trouve à plusieurs kilomètres de l’endroit où nous nous trouvons. J’apprends également que la pilule du lendemain est à prendre le plus tôt possible après l’accident mais qu’elle peut être prise jusqu’à 3 voire 5 jours après le rapport à risque.

 

Nous convenons alors qu’une courte nuit de sommeil sera des plus raisonnable, vu mon état de féline prête à mordre au moindre signe d’hostilité…

 

Je me blottis dans ses bras et retrouve la tendresse familière qu’à la base j’étais venue chercher. Y’a pas à dire… Une petite étincelle brûle encore en moi.

 

Le jour se lève. Notre tendresse matinale s’écourte bien vite car je n’oublie pas ce que j’ai à faire. « Contraception d’urgence » il y’a Urgence donc, je cours à la pharmacie.
Je rage un peu d’y aller seule. Après tout, ça le concerne aussi… Bon je verrais ça plus tard…
Arrivée à la pharmacie, je m’empresse de demander à la pharmacienne une pilule du lendemain.

 

Cheveux grisonnants et lunettes sur le nez elle me demande gentiment de quand date mon dernier rapport…
J’ai vu ses cheveux devenir blanc fluo face à la rougeur de mon visage en lui répondant « de tout à l’heure d’où ma coupe de Jackson Five »
Malgré le bide intersidéral qu’a fait ma mauvaise blague, je vois ses rides se détendre: « Ça n’en sera que plus efficace »
Ouf… Rassurée et pas jugée…Allez file moi la Game Boy Micheline que je tape mon code pour me filer le précieux sésame !

 

« Pas si vite jeune fille ! » Sous-entend-elle en me rappelant la conduite à tenir après la prise et en me conseillant (vu que j’ai des cycles irréguliers) d’acheter un test de grossesse dans 3 semaines pour vérifier que la mission est accomplie, car oui la pilule du lendemain n’est pas efficace à 100%.
-D’accord Madame…

 

1 pilule + test de grossesse = kit de survie d’urgence pour femme libre qui prend son destin (et son utérus) en main !

 

La pharmacienne me remet le comprimé ainsi qu’une pile de fascicules avec des dessins qui expliquent comment fonctionnent l’appareil reproductif féminin, un autre sur la prévention des IST et un troisième qui met en image tous les moyens de contraception. Je crève d’envie de lui répondre « Merci Madame mais je crois savoir comment on fait crac-crac !!! »
Au lieu de cela je lui réponds simplement « Merci. ».
J’ai l’impression d’avoir 14 ans, d’être en cours de SVT. Un poil régressif mais un cheveu instructif, toutes ces brochures.

 

Je me souviens qu’en classe de 2nde, une prof nous avait appris qu’en prenant la pilule du lendemain 2 fois dans sa vie, on risquait de devenir stérile…
De quoi réfléchir 18 000 heures avant de la prendre une fois.

 

Il est écrit noir sur blanc qu’il n’y a aucun risque de devenir stérile ! DONC Madame Pionetti m’a dit des conneries ! J’la sentais pas cette prof avec ses pull de noël qu’elle mettait jusqu’en mai, j’aurai dû me douter qu’elle était cinglée…

 

On déconseille par contre d’en faire un moyen de contraception régulier car la contraception d’urgence orale est moins efficace qu’une contraception régulière et elle ne protège que du rapport sexuel à risque de grossesse non prévue qui vient d’avoir lieu mais pas de ceux qui surviennent après la prise.

 

Je comprends alors qu’après cette pilule, il faudra utiliser dans tous les cas des préservatifs jusqu’au début des règles suivantes, même si je revois X.

 

En fait, la contraception d’urgence a pour objectif de décaler l’ovulation pendant quelques jours, le temps que les spermatozoïdes ne soient plus actifs au moment de l’ovulation. Ça n’a donc rien à voir avec la stérilité ni même avec un avortement !

 

Je devrais devenir prof de SVT finalement… Pas besoin d’agreg’ , rien qu’avec ma pratique j’en connais un rayon question éducation sexuelle…

 

Chose promise, chose prise, après lecture de toutes les brochures illustrées que m’a offertes la pharmacienne, je réalise à quel point j’ai de la chance d’avoir été suffisamment informée pour prendre les choses à temps.

 

Non contrairement à ce que je pensais prendre la pilule du lendemain n’est pas un truc de gamine irresponsable mais bien une action mature d’une adulte autonome et responsable qui fait des choix et les assume…
Malgré mon goût prononcé pour les Disney, les sucreries et les chaussures qui brillent…
Serai-je en train de grandir ?

 

Miss Imparfaite par Laura Domenge