Comment j’ai envoyé mon mec acheter ma contraception

 

 

Au collège, j’ai pour souvenir que certains garçons de ma classe possédaient un préservatif dans leur portefeuille. C’était prévoyant de leur part mais surtout « ça faisait genre ils l’ont fait ».

 

Au début de ma vie sexuelle, je me souviens que les préservatifs étaient pris en charge par les garçons. Ils en avaient, en achetaient, Jojo les bons tuyaux faisait la queue au centre de dépistage pour refaire son stock gratosse, Philou le filou en piquait à son grand frère… Bref, ces messieurs étaient prévoyants.

 

Moi j’étais trop prude et aurait eu trop peur que ma mère tombe dessus en rangeant mes chaussettes oursons roses… (Oui si difficile à croire que ce soit j’ai été prude à un moment de ma vie et oui j’adore les chaussettes ridicules.)

 

Puis, en grandissant, je commençais à mettre la main au porte-monnaie aussi. D’une part pour ne plus qu’on puisse se retrouver en « panne » d’autre part parce qu’on était jeunes et fauchés et que mon mec n’ait plus à piquer des pièces à ses parents pour qu’on puisse fricoter en liberté, je consacrais aussi une partie de mon argent de poche dans une collection de parure en latex… Si les enfants que je gardais à l’époque savaient à quoi me servaient les Francs que je gagnais en leur servant leur goûter…#cacaboudin

Plus tard, je décidais de prendre la pilule. Sans avoir de relation stable, cela ne me dispensait pas d’utiliser des préservatifs, car seul le préservatif protège des IST (Infections Sexuellement Transmissibles).

 

Lorsque je me suis (enfin) « maquée » j’eu recours à la contraception d’urgence car il m’arrivait d’oublier ma pilule, de partir en week-end sans ma plaquette… Bref, être imparfaite ça s’entretient, j’étais trop tête en l’air, la pilule c’était pas pour moi, il fallait que je trouve une solution !

 

J’ai donc opté pour l’anneau contraceptif, comme ça, pas de risque d’oublier une dose !
Je retrouve mon bien aimé en toute sécurité quand soudain…
Oups…Mon chéri de l’époque me dit un peu timidement… « c’est bizarre mais je sens quelque chose »
Moi, plus rouge encore que lui, je lui explique que c’est mon nouveau moyen de contraception.

 

Je réalise que, jusqu’alors, je n’avais jamais causé contraception avec mon homme !
Comme si ça ne regardait que moi.
Comme si on ne pouvait en parler qu’à la gynéco ou à ses copines.
Comme si ce n’était qu’une affaire de femmes….
Heu… Mais ça ne nous concernerait pas un peu tous les deux????!!!!???

 

Il est vrai que l’accès à la contraception a souvent été assimilé au féminisme. À ces femmes qui se sont battues pour que le 2ème sexe puisse disposer librement de son corps.
Qu’il puisse accéder au plaisir sans pour autant se retrouver avec « un polichinel dans l’tiroir » comme disaient nos « gouailleuses ».
Car ne l’oublions pas avant cela bon nombres de femmes se sont retrouvées mère célibataire suite à une amourette.

 

« C’est un amour de vacances, une histoire sans lendemain » comme disait une chanson de ce type qui n’en a sorti qu’une…
Sans lendemain ? Parle pour toi chéri ! Tu peux filer en douce à la fin du mois d’août, mais ta donzelle, c’est plus une brioche qu’elle a 9 mois plus tard, c’est la boulangerie toute entière !

 

« Mais enfin je vous jure ! C’est pas moi qui ai planté la petite graine. » Signé Pinocchio.

 

Sauf qu’à l’époque, point de tests génétiques… Même si la ressemblance avec le papa était flagrante, impossible de prouver qui était le jardiner qui aurait semé son pollen…
Autant dire que côté pension alimentaire… Fallait pas y compter…

 

Quelle libération quand une pilule magique à prendre 21 jours par mois débarqua sur le marché, qui plus est, qui permettait à toutes les Cendrillons de passer la nuit au bal, de prendre leur pied avec le prince charmant sans être obligée de signer pour la bague au doigt et la césarienne !

 

Révolution et libération sexuelle !
C’est probablement à cette même époque que le fameux plat nommé « croque Monsieur » a été inventé, car les femmes ont pu librement dévorer tout garçon sans pour autant voir leur vie bouleversée… Intox plus qu’info mais ça ferait sens !

 

Clairement, l’arrivée de la contraception a été une vraie libération pour les femmes.
Cependant, les temps changent, les mœurs évoluent.
De nos jours, sexe et procréation en occident sont des choses bien distinctes. Avoir des enfants n’est plus une fatalité pour un couple. C’est le résultat d’un désir, mieux encore, un désir partagé.
Donc ne pas en avoir est une volonté des deux partis a priori…

 

Pour revenir à mon histoire, je réalise donc que je n’ai aucune raison d’être gênée de parler contraception avec mon compagnon dans la mesure où ni lui ni moi ne sommes prêts à devenir parents.
Donc mon anneau, ma pilule, mon stérilet ou « what ever » nous rendent bien service à tous les deux.

 

Je prends mon courage à deux mains, range ma pudeur, et nous causons. De ça, de sexe et d’avenir. C’est très libérateur, ça fait une chose intime de plus que je lui livre et je me sens plus que jamais « en couple ».

 

Quelques mois plus tard, trois précisément, l’anneau bien apprivoisé par nos deux corps, me voilà dans la nécessité de renouveler l’achat de ma contraception. Catastrophe il n’y a qu’une boite de trois dans ma pharmacie et je n’ai pas les moyens de me l’acheter, mes nouvelles chaussures dorées m’ayant mise sur la paille…

 

Pas question que JE sois la seule à galérer pour un truc qui nous concerne NOUS. Après tout au resto on fait bien moit-moit pourquoi pas sur le reste ?

 

Hop, ni une ni deux, pour dissimuler ma gêne, sans diplomatie aucune, je lui suggère…ok… je lui ordonne… de prendre en charge cette fois-ci et pourquoi pas à l’avenir ma bague intime !
Le petit choux, ne comprenant pas mon agacement soudain, sans broncher, part à la pharmacie, tête baissée ordonnance à la main et s’exécute.
J’aurai rêvé être une petite souris pour assister à la scène.
Lorsqu’il est revenu encore tout intimidé j’ai cru que sa mignonerie allait l’engloutir…On aurait dit un petit enfant qui essayait de se faire pardonner sans savoir ce qu’il avait fait.
Je lui donne un tendre baiser, celui qui dit merci, celui qui dit je t’aime celui qui dit, on a passé un cap. Il le reçoit, il le comprend, redevient cet adulte que j’aime tant.

 

Le partage des tâches, l’égalité dans le couple, ça concerne aussi la contraception il nous a fallut pas mal de temps à lui et moi pour nous en rendre compte mais très peu pour l’accepter et agir en conséquence.

 

Miss imparfaite par Laura Domenge