Chez le gynécologue

 

 

Quand on est une femme on doit consulter un médecin spécialiste au moins une fois par an pour contrôler entre autre notre sexe (certainement pas) faible !

 

Il me semble qu’aucune femme au monde n’aime se retrouver entièrement nue, devant une par-faite inconnue qui vous malaxe les seins (pas pour le plaisir hein ! Pour vérifier que vous n’avez pas une tumeur bénigne voir maligne) qui vous enfonce son piège à loup dans votre origine du monde plus deux doigts décorés de ses gants, les pieds sur les étriers et le popotin dans son nez…. D’au-tant qu’à chaque fois, personnellement je ne sais jamais si je dois garder mes chaussettes qui s’avèrent en plus être toujours dépareillées…

 

Et pourtant !!! Ce moment est INDISPENSABLE pour ne pas dire vital.

 

En tant que Miss Imparfaite, mon corps imparfait s’est manifesté à l’âge de 10 ans. Un dérèglement hormonal m’a offert tellement de moustache au visage qu’on m’appelait Georges Brassens dans les couloirs du CM2, le tout surplombé d’une panoplie de boutons sur la face telle, que ma calcula-trice elle-même, était jalouse de mon visage…
Mais surtout, outre ces désagréments physiques extérieurs, dans ma culotte c’était le remake de TwighLight ! J’ai eu des saignements pendant 3 MOIS !!!! Ô rage ô désespoir que celui d’être réglée si jeune puis aussitôt déréglée… D’autant que c’était l’été et qu’à l’époque je ne connaissais pas les joies du tampon… Je ne mettais que d’adorables couches… Heu… Serviettes hygié-niques…#sexyname. Du coup j’ai passé les vacances sur la côte d’Azur, les pieds dans l’eau, certes, mais que les pieds…

 

Après 3 mois de frustration et une mine de zombie due à une anémie causée par une perte de sang importante, ma mère m’informe qu’il faut que j’aille consulter un Gynécologue.
A l’époque je ne sais absolument pas ce qu’implique une telle visite ni quelle est la spécialité de ce médecin… Je me doute que quelque chose de louche va m’arriver quand ma mère me demande
« Tu préfères que ce soit un homme ou une femme ?  »

 

Heu… Oups… Maman ne m’a jamais demandé de choisir le sexe de mon ophtalmo ou mon derma-to auparavant….
« Gyné-lo-cogue c’est un médecin de quoi exactement ? « 

 

Ma mère m’explique diplomatiquement que je pourrais parler à ce médecin de mes « problèmes de femme »… Je ne suis encore qu’une petite fille, je choisis donc une dame, c’est plus pratique me dis-je, pour parler de mes troubles féminins…D’autant que « Les garçons c’est caca et ça fait peur… »
(J’ai bien changé depuis cf « les coups d’un soir; « au secours j’ai une date »)

 

Une dame très gentille, m’explique le déroulement de la consultation.
Je suis encore jeune et vierge, c’est pourquoi elle ne pratiquera pas l’examen complet qui consiste à mettre les pieds sur les étriers et le spéculum là où j’pense…
Ouf…
Je m’exprime à cœur ouvert sur mes complexes les plus handicapants, mon acné précoce, ma forte pilosité et ces atroces « ragnagnas »….
En faisant preuve de beaucoup de patience et d’écoute, cette femme Médecin, que j’appellerais Docteur Queen, me remet à la fin de la consultation une ordonnance de traitement hormonal pour réguler mes ovaires un peu capricieux.
Les mois passent, le traitement fait effet, mon duvet s’estompe, mes boutons se dissipent, je re-trouve une apparence un peu moins disgracieuse mais mon corps ne cesse d’évoluer…
Je prends un peu de poids, surtout au niveau des pectoraux, je passe de la brassière au 85 B…

 

J’ai maintenant 14 ans…
Les garçons c’est moins caca que prévu… C’est même sympa… Voir mignon… Dans ma classe on se demande à quel âge « on le fera », certaines de mes copines l’ont « déjà fait ».
Je ne me sens pas encore prête mais je sais que ça peut me tomber dessus comme la pluie au mois d’août, à savoir quand je n’y serai pas forcément préparée…

 

A qui puis-je en parler ? Mon père ? Lui qui m’appelle encore « ma poupée chérie » quelle tête ferait-il en réalisant que son bébé porte désormais des push up et se fait faire le maillot tous les mois ?
Ma mère ? Oui on est proche mais de là à ce qu’elle me conseille sur la façon dont je devrai goûter à mon premier zizi…Je ne suis pas méga super hypra à l’aise…
Mes copines? C’est celles qui en parlent le moins qui en font le plus paraît-il…Mieux vaut donc se méfier des conseils à deux écus des pipelettes…

 

Lors d’une visite de contrôle, pour suivi de mon traitement hormonal, après avoir tourné ma langue 7 fois dans ma bouche, pris mon courage à deux mains et rougi comme une gariguette, j’ose parler à Docteur Queen de S-E-X-E… Ouf c’est dit !
Elle m’explique sans jugement qu’une première fois dans la vie d’une femme doit se choisir mais que son rôle est de m’aiguiller sur le plan médical et non moral.
Je me sens rassurée de ne pas avoir été jugée sur mes récents désirs sexuels, je suis suffisam-ment en confiance pour écouter les conseils avisés de Docteur Queen sur les différents moyens de contraception. Elle propose alors de substituer La pilule à mon traitement ce qui régulera mes hor-mones et me protégera d’une éventuelle grossesse non désirée. Chouette ! Une Pierre 2 coups ! En plus, en cas d’oublis de celle-ci, il existe la pilule du lendemain pour empêcher un embryon d’emménager dans mon bidon. Double Chouette ! J’apprends qu’avec quelques cachets, je suis couverte !
« pop…pop…pop… » Me met en garde Docteur Queen. « Si la pilule vous protège du bébé, il n’en est rien des IST. « 

 

Nous parlons SIDA, herpès, hépatite, syphilis, chlamydia, mycoses vaginales et autres réjouis-sances…
Je ressors de la consultation un peu moins émoustillée mais beaucoup plus renseignée.

 

Plus tard, je suis retournée voir ma gynécologue car cette fois-ci, « je l’avais fait »…

 

Je dus alors franchir l’étape de L’EXAMEN !

 

Je comprends alors que Docteur Queen va me voir en habit d’Eve et devra s’immiscer, littérale-ment, dans mon intimité….Très professionnelle, elle m’explique le déroulé de l’examen qui ne sera pas douloureux malgré l’effrayante apparence des instruments qu’elle va utiliser… Heureusement que je la connais et que nous avons créé une relation auparavant qui me donne toute confiance en elle. L’examen s’avère un peu gênant certes, mais supportable et au final très rassurant. Tout à l’air de fonctionner normalement et sans être passée sur la table, je n’aurais pas pu le savoir.

 

Je continuai les visites 1 fois par an les années qui suivirent, et plus les années passaient et moins l’examen m’intimidait…Le regard médical et sans jugement du médecin aide énormément et met beaucoup plus à l’aise qu’une esthéticienne qui nous fait l’interfessier en mâchant son chewing-gum.

 

J’en apprenais à chaque fois un peu plus sur le sexe et les IST.
« Ah bon le SIDA peut aussi s’attraper en faisant une fellation ? Je me demandais aussi à quoi bon pouvait servir les préservatifs goût banane… C’est quand même moins pratique qu’un chewing gum pour faire des bulles…. »

 

Quand j’eus 25 ans, Docteur Queen a pris sa retraite, zut il m’a fallu changer de médecin… Je ren-contre Madame D… Si Docteur Queen était trop vieille pour continuer à pratiquer qu’en est-il alors de Lady D… Avec ses cheveux blanc et sa jupe plissée ?!?
Alors que je subis la gêne ultime de lui présenter mon vagin au premier rencard, Lady D…se met à critiquer mon intégral.
« Mademoiselle les poils servent à quelque chose !
-Oui à nous pourrir la vie !
-Un peu de sérieux ! Non réfléchissez si on en a « là », c’est pour nous protéger ! C’est un premier rempart aux infections ! Tout comme les cils autours de l’œil, auriez-vous idée de vous les enlever ? »
Oups… Déjà que j’ai les jambes écartées, V’la ti pas que j’me fais tirer les oreilles !
Je reste muette et rouge comme un cœur de bœuf et me dis que c’est pas avec elle que j’vais causer kamasutra… Si c’est pour repartir avec une leçon de morale en cadeau en plus d’une or-donnance… Trop peu pour moi…

 

Le docteur procède alors à mon premier frottis.
Examen pratiqué pour la prévention du cancer du col de l’utérus.

 

« Est-ce que ça vous gratouille ou est-ce que ça vous chatouille ?
-je dirais que ça piquouille… Mais c’est supportable »

 

Les résultats du frottis arrivent à mon domicile quelques semaines plus tard, ouf ! Je n’ai rien !! Tant mieux parce qu’il ne me tarde absolument pas de revoir Docteur D…
J’ai alors réalisé que j’avais eu beaucoup de chances en tombant sur Docteur Queen la première fois… Les Gynécologues sont des humains comme les autres, par conséquent, outre leur compé-tences, on peut avoir le feeling avec l’un, mais pas avec l’autre…Et pour parler de sujets intimes, c’est plus agréable de se sentir en confiance me semble-t-il…

 

L’année suivante tel un chasseur de trésors, j’entreprends la recherche du Médecin qui me con-viendrait pour les années à venir ! Après quelques recommandations d’amies et cousines,
Bingo ! Je trouve la perle rare et comble de tout… C’est un homme !!!!

 

Monsieur se comporte de façon très professionnelle, j’en oublie presque qu’il est sexué. Très gentil et rassurant, je me sens traitée comme une patiente plus que comme une femme, je ne suis pas jugée sur mon ticket de métro, je ne sens ni compassion ni complicité féminine, mais simplement un regard neutre et médical… C’est totalement ce dont la femme avertie et accomplie que je suis devenue, a besoin.

 

A la suite d’un nouveau frottis vers l’âge de 28 ans, je découvre que j’ai le HPV. Soit le papillomavi-rus, qui provoque des lésions pouvant entrainer un cancer du col de l’utérus.
Le docteur, très rassurant, m’explique que 70 % des hommes sont porteurs saints de ce virus et que, par conséquent, j’ai pu l’attraper par l’un de mes partenaires qui ne doit même pas se douter qu’il est doté d’un super pouvoir destructeur.
Grâce à un examen réalisé à temps et au sérieux de mon médecin, j’ai pu éviter une ablation du col de l’utérus. Ouf !! Merci la vie ! Merci le frottis ! Merci la gynécologie !

 

Les hommes n’ont pas encore la culture de consulter un praticien spécialiste de leur sexe (pas tou-jours fort), c’est pourquoi il nous est indispensable de consulter un médecin, spécialiste du nôtre, afin de protéger notre corps, mais aussi le leur.

 

Miss Imparfaite par Laura Domenge