Il ne veut pas mettre de préservatif

 

 

 

 

 

Préservatif

 

 

 

En collectionnant les coups d’un soir à ma grande surprise j’ai pu faire le triste constat que mettre un préservatif pour certains messieurs n’était pas chose évidente.

 

Je crois qu’enfant j’ai entendu le mot « capote » avant même de savoir ce que voulait dire faire l’amour. Plus tard, une fois ado, je me souviens que les p’tits mecs de la classe qui avaient le plus de duvet au menton avaient même un p’tit carré d’allu dans leur porte feuille qu’ils gardaient comme une sorte de grigri, un totem sacré.
Ça sous entendait qu’ils « l’avaient fait »…
Avant même de démarrer une ébauche de vie sexuelle, les campagnes de prévention ont bien fait leur boulot sur ma pomme, mon cerveau les a bien enregistrées je pensais que tout le monde était comme moi. Avait bien vu les spots à la télé, avait suivit les (quelques) cours de SVT…
Et pourtant, en démarrant ma vie sexuelle, je m’aperçue bien vite que ce n’était pas chose évidente…

 

Retour sur mes tendres années…

 

Il est beau, il est sensible, brun et ténébreux… Je suis jeune… C’est le troisième corps que je côtoie. (Loin de moi l’idée de croire à cette époque que ce chiffre se verrait multiplié par…5…ok… 10)

 

Nous sommes chez lui… Seuls… Ses parents ne sont pas là.
On sait lui et moi ce qu’il va se passer.
On se découvre nus, timidement. Sans même me demander mon avis sur la chose, Monsieur tente de rentrer en moi, sans sa carapace de latex… Il « tente le coup » comme on dit. Je le repousse gentiment pensant naïvement qu’il n’a pas du faire exprès. Monsieur réitère l’expérience…

 

A croire qu’il se croit dans un jeu vidéo…
« You loose. Try again ». Le voilà « tryer » encore. Au bout de sa troisième tentative mon corps crie « Game over chéri ».

 

Je lui suggère qu’il lui manque son habit de plastique pour pouvoir conclure nos ébats.
Il me susurre qu’on en a pas besoin, que c’est beaucoup mieux sans. Serait-il stupide? Je lui suggère timidement que si lui n’en a pas besoin, moi si.
« Mais tu ne prends pas la pilule? »
Je le regarde avec des yeux plus ronds encore que ceux d’un hibou.

 

Y’aurait-il tromperie sur la marchandise se dit mon cerveau emprunt des campagnes de prévention? Les hommes ne connaîtraient pas l’existence des IST (Infections Sexuellement Transmissibles) ?
Je lui explique patiemment qu’en mettant un préservatif je ne me protège pas seulement de tomber enceinte d’un irresponsable, mais aussi des petites maladies qu’il pourrait me transmettre genre… Au hasard… Le SIDA?!?!!!!
« Mais tu sais ça arrive beaucoup moins souvent qu’on le croit »
Ah oui donc c’est officiel il est vraiment stupide… »Beaucoup moins souvent, c’est déjà trop souvent et si il peut exister ne serait qu’une chance sur 1 million, je ne veux pas courir un tel risque. » Heureusement pour moi je ne suis pas assez amoureuse et ensorcelée par son charme pour qu’il me fasse perdre mon aplomb.
Je m’arme de patience et commence à lui réciter, comme une bonne élève, que je n’ai pourtant jamais été, le rôle du plastique magique.
Je lui parle de la Syphilis, de l’Hépatite B, des Chlamydia, du Papilloma, qui malgré ce joli nom, est loin d’être un papillon…

 

Monsieur reste perplexe… Il sous-entend presque que je ne lui narre que des légendes… Étrange pour un homme de croire aux légendes lorsqu’on est loin de faire vivre un conte de fée à sa belle.

 

Si le Prince des Idiots se croit assez invincible pour que le SIDA, la Syphilis et toute la ribambelle d’IST l’épargnent, moi j’ai plus d’un argument dans ma culotte.

 

Il me voit étendue nue sur le lit, la peau douce et la fleur rose et soyeuse… Aurai-je l’air tout aussi appétissante avec une grosse mycose bien rouge et purulente? Parce que si le SIDA et tous ses potes flippants arrivent « beaucoup moins » que tu, et non pas « qu’on le croit », pour le coup la mycose c’est monnaie aussi courante que l’Euro.
« Berk t’es dégueulasse! »
Moins que toi qui veut m’infliger ça…

 

« YOU WIN! »
J’ai réussi à le convaincre même si mon envie de lui est redescendue à -10000.
On reprend nos ébats… Il sent quand même super bon cet abruti.
Le moment arrive pour lui de se couvrir quand badadoum… Je découvre le « poteau » rose… Enfin le poteau de chamalow… Il s’avère que les espoirs de Monsieur de me faire monter au septième ciel dégringolent au sous-sol, au contact du latex sur son organe à plaisir…

 

Loin de changer le plomb en or, le préservatif a changé le bois en knacki…

 

Frustrée pour lui et pour moi, nous sommes obligés de nous satisfaire de préliminaires après plusieurs échecs successifs et près d’une boite de gâchée.

 

Le lendemain j’en parle à ma meilleure amie qui m’apprend avoir vécu la même situation dans les débuts avec son mec.
« Le problème, me dit-elle, c’est que se lever, voir rallumer la lumière, chercher le truc, qu’il l’ouvre et l’enfile, ça casse un peu la magie de l’instant. Fais-en un moment sexy! As -tu essayé de le lui mettre »?
Ma face de hibou se repointe, mes yeux s’arrondissent de nouveau !

 

Je reconnais que jusqu’alors j’avais réservé l’enfilage de capote à l’homme… A ma décharge je n’ai jamais attendu d’un de mes petits copains qu’il me donne la becquée pour ma pilule contraceptive…
Mais pourquoi pas finalement ? Mon esprit égalitaire ferait-il l’impasse sur le sexe ? Serais-je conservatrice une fois la lumière éteinte et les habits au pied du lit ? Certainement pas !

 

Ni une ni deux, me voilà retenir mon souffle en donnant à la caissière du supermarché du coin, une gigantesque boite de « condoms extra lubrifiés » entre un paquet de chips et une bouteille d’eau pour noyer le poisson…
Honte à moi, c’était la première fois que j’en achetais. Il y a un début à tout! Ça me concerne tout autant que lui donc pas de raison que nous ne partagions pas le budget plaisir et la petite gêne à la caisse.
Deuxième nuit avec Monsieur ténébreux Prince de Médeux.
La température monte et telle une illusionniste qui a plus d’un tour dans son soutif, je fais apparaitre le petit carré d’allu! Il hallu(cine), je le défie d’un regard amusé, je crains d’être malhabile mais m’essaye dans l’habillage de son précieux.
Je commence à comprendre l’expression « prendre son courage à deux mains » même si 2 doigts suffisent.
Mission accomplie !
Nous faisons l’amour tendrement, langoureusement en toute sérénité et sécurité.
Il s’est dépassé et a même pris du plaisir !
Je le félicite et le regarde non pas comme un prince mais un super-héros. Super Man ne sort jamais sans sa cap (ote) qui le fait voler !
Ce fut cette nuit-là mon Super Homme.
Les semaines passant, notre relation durant, nous décidons de faire la batterie de tests ô combien non légendaires pour envisager de se découvrir. Mais en attendant, ces expériences nous ont couverts pour l’avenir, nous avons franchi plusieurs étapes dans notre relation en ayant ces discussions, et avons ménagé nos vies en protégeant nos corps.
Loin d’être une Miss parfaite je reconnais avoir été pas mal sur ce « coup » là…

 

Miss Imparfaite par Laura Domenge