Il était une fois le sexe image vs réalité

 

 

« Ils se marièrent et eurent beaucoup d’enfants »
Traduction : « Ils s’accouplèrent comme des lapins et telle une poule, elle en pondit une douzaine »

 

Il m’a fallu bien des années avant de décoder le langage des « grands »
Des phrases comme : « des câlins de grands » « des bisous de grands », « tu comprendras cette blague quand tu auras 18 ans » et j’en passe…
Ça m’agaçait mais surtout je ne comprenais rien.

 

Les cigognes étaient censées livrer les enfants, papa et maman dormaient ensemble, et bien évidemment aucun lien de cause à effet. Un jour moi aussi je rencontrerai le prince charmant, il m’emmènera sur son cheval blanc, on se fera un bisou de grand et ce sera beau tendre et doux…
Bien loin de moi l’idée que le cheval pourrait être… un bus… et qu’après le bisou je me ferai dépuceler…

 

Sujet plutôt tabou avec les parents, j’ai, comme de nombreuses copines, forgé mon éducation sexuelle au travers des fictions. Génération télé oblige, avant qu’un garçon m’en parle en vrai, mieux encore que je le pratique, j’ai vu les séries et films que je regardais, grandir avec moi.

 

« Ils se marièrent et eurent beaucoup d’enfants » Ok mais comment ? On ne sait pas.

 

Pendant longtemps j’ai cru que seul le baiser se pratiquait en couple… Comment faisait-on les bébés? Grâce à une bouteille de lait disait une certaine pub… Mais pas plus.
Plus les années passaient plus j’attrapais des bribes d’infos.
« Picoti Picota » mais que faisait la Pin Up dans Qui veut la peau de Roger Rabbit ? Encore ce mystère du monde des adultes. Je demande alors à ma cousine de 2 ans mon ainée si elle en sait un peu plus.

 

« Ca veut dire quoi faire Picoti Picota ?
-Ca veut dire faire crak crak.
-Mais ça veut dire quoi faire crak crak ?
-Ca veut dire faire Han Han. Me dit-elle accompagné d’une certaine mélodie coquine.
-Ahhhh !!! »

 

Tout d’un coup, je compris tout. Quoi ? Rien.
Il y’avait quand même cette nouvelle donnée : se mettre l’un sur l’autre et faire « han han » avec une mélodie précise.
Le voile commençait alors doucement à se lever sur les choses d’adultes… Je retrouvais des « han han » dans les James Bond, au chalet des Bronzés font du Ski et autres films qui bercèrent mon enfance.

 

A l’époque, je rêvais à ma future vie d’adulte à travers mes Barbies et mon Ken. (je ne sais pas pourquoi on avait toutes plein de Barbies mais seulement 1 Ken.)
Vu qu’ils habitaient ensemble, le soir dans leur camping car après avoir changé 4 fois de tenues… Ils faisaient « han han » eux aussi.
Le feuilleton Hélène et les garçons dont j’étais totalement fan, me confortait encore plus dans cette image de « sexe chaste ». J’ai le souvenir que les scènes d’érotisme se résumaient à une longue étreinte sur le « canap du local »

 

Soit…

 

J’étais petite, innocente mais surtout inculte en la matière.
Quand mes cousins me surprenaient à faire pousser à mes poupées, naïvement, des gémissements plus que suggestifs, ils éclataient de rire et je n’en savais pas plus…
Jusqu’au jour, où, brutalement, mon grand frère me dit: « Faire l’amour c’est mettre son zizi dans le sexe de la femme »

 

Oups…je ne savais même pas qu’on pouvait mettre un truc dans le sexe de la femme…
Bon… Avec cette nouvelle donnée, j’ai rangé mes Barbies et ai commencé à rougir quand on parlait « crak crak » « zizi » et tutti quanti.

 

Et puis, j’ai grandi, puis j’ai du mettre un tampon puis oui, j’ai compris qu’on pouvait mettre des trucs dans le sexe de la femme…Qu’on avait du désir, un trou et même deux et un clitoris en prime ! Et je découvrais le sexe de l’homme, qui, à ma grande surprise, passait de mou à dur après quelques manipulations.

 

Après la théorie, la pratique !

 

(Notes de musiques à insérer) « Darling faisons l’amour ce soir » :

 

Images obligent je pensais que la fois où je serai amoureuse, presque sans les mains, mon homme s’emboiterait en moi, que, sur une musique romantique, on entendrait nos soupirs de plaisir, puis, épuisés par ce corps à corps endiablé, on s’endormirait paisiblement après nos petites morts respectives…
Bon alors déjà…La musique a été troquée par le couinement du clic clac de mauvaise facture. Sans les mains impossible car le petit Jésus ne rentrait pas dans la crèche, et ô stupeur lorsqu’il a fini par jouir en poussant cet horrible cri de bête rugissante sans même me regarder ! Il est devenu tout rouge la veine du front bien visible et les pupilles en l’air ne laissant apparaitre que le blanc de ses yeux… Bref… un remake de l’Exorciste plus que de Casanova.
Et avant le dodo paisible y’a eu le super moment de « Faut que je retire la capote avant de débander » Sympa ! Et comme si cela ne suffisait pas « T’as du PQ? J’en ai partout » Jamais 2 sans 3 « Dis donc toi aussi t’as bien salopé les draps »
Ah… Poésie des temps modernes…Qu’il est loin pour moi le temps du « rêve bleu »…

 

(Insérer notes de musique) « Oh the summer night »

 

On imagine comme dans Grease la douceur des nuits d’été : faire l’amour avec douceur sur le sable…. Hahah ! La bonne blague ! Les plaisantins de réalisateurs de films qui nous ont fait croire à ce mythe n’ont apparement jamais essayé… Le sable colle partout, rentre dans les parties intimes… Pour peu qu’il y ait une rafale de vent au moment de l’enfilage de la protection masculine… C’est l’exfoliant interne assuré !

 

L’amour sous la douche…

 

Grey’s anatomy, ou de nombreux films nous ont fait rêver en nous suggérant de sublimes scènes de sexe sous la douche. Vapeur, chaleur, eau… une promesse de délice ?
Heu… bon déjà pour ma part… J’ai jamais trouvé la bonne position… J’ai toujours été plus lourde que mes partenaires alors ça aurait été un comble qu’il me porte et me chevauche contre la paroi de la douche ! Et puis, tout le monde le sait, le carrelage, ça glisse ! Par conséquent, les quelques fois où j’ai essayé, on était plutôt proche de Psychose que d’une scène délicieusement torride sous une douche…

« Une partie de campagne »

 

Le vague souvenir d’une nouvelle de Maupassant où le chant du rossignol suggérait une scène de c… oquin dans les herbes folles, en pleine nature, m’a donné l’idée à mon tour de me coucher sur un gazon sous un pommier…
Je n’ai malheureusement pas entendu des jolis « cui cui » d’oiseau mais un « ahhhh la s*****!!!! » de la bouche de mon partenaire qui s’est fait dévorer par une gigantesque araignée…

 

Bon en résumé, oui, le sexe est bien différent de celui qui se dessine dans notre imaginaire.
Films, séries, chansons, mais aussi livres et poèmes nous ont livrés bien souvent des images erronées.
Même si, en vrai, moins esthétisé, certes, moins pratique qu’il n’y parait, ok, souvent plus maladroit, plus conventionnel, pas toujours orgasmique, quelque fois expéditif, d’autres trop longue au contraire, le sexe, bien sûr, ça reste sympa.
Parfois très sympa. Parfois carrément génial. Mais surtout très personnel. Alors au lieu de s’inspirer de fausses scènes d’amour clichées, le mieux n’est-il pas encore d’écouter sa propre petite voix coquine et de se laisser porter par le plaisir de l’instant ?

 

Désolée à toi l’ascenseur, les toilettes du resto, la cabine d’essayage, la banquette arrière, et autres lieux insolites, mais, le plus souvent, tout ça se passe dans un lit et même qu’on ne pensera même pas au Kamasutra.
C’est charmant même si c’est sans prince, ni princesse mais bien entre deux personnes (ou plus) le sexe reste à notre image… pas parfait ! Et oui, grande nouvelle, personne ne l’est !

 

 

Miss imparfaite par Laura Domenge